Rivarol N°2741- 2 décembre 2005 Jim Reeves.
THIERRY Breton exulte: avec une croissance de 1,5% au cours des 12 derniers mois, tout va bien. La dette à 2 000 milliards d'euros? L'accélération des délocalisations ? La fermeture les unes après les autres des dernières poches d'emploi industriel et agricole? Qui s'en soucie? Qui s'interroge sur les mystifications à la Borloo, truquages des statistiques ANPE, explosion des petits boulots, travaux à temps partiel, parasitages associatifs qui sont les dernières occupations avouables des banlieues ? Dans tous les pays d'Occident, des USA à l'Angleterre et de la Belgique à la France, la croissance par la consommation conditionne la survie de l'économie. Avec le nomadisme touristique et l'immigration comme moteurs. Par dizaines de millions, les immigrés - aux Etats-Unis, où ils représentent 13 % de la population, on estime les clandestins à 16 millions, détenteurs de faux papiers, de visas périmés, étudiants, réfugiés, cousins, forment d'abord un prodigieux accélérateur de la consommation ... fût-ce en priorité de produits importés. La vérité du plan Borloo, ce sont ces 40 milliards d'euro-papier, euro-vent, euro-bidon, émis au bénéfice de la main-d'œuvre immigrée, des barons du béton, de l'immobilier, des matériaux de construction et des champions d'un habitat populaire aux profits décuplés par la ''rurbanisation''. Ils s’ajoutent aux 40 milliards déjà déversés sur les banlieues depuis vingt ans et aux aides sociales ou hospitalières incalculables que l’immigration a coûté à une France sous perfusion migrante, économiquement dévastée et dont il faudra bien un jour solder la dette.
Première économie mondiale, les Etats-Unis annoncent à l’Occident sa ruine imminente. The Journal of Commerce vient ainsi de publier une étude édifiante portant en 2004 sur les entrées et sorties des USA des très gros containers -les TEUs -, qui représentent l'essentiel, hors pétrole et matières premières minérales et agricoles, du commerce international.
Sur les 100 plus gros exportateurs, 75 sont spécialisés dans les ... papiers et cartons usagés (29), l'alimentation, la nourriture pour animaux, le coton (26) les produits chimiques (19). Arrivent entête American Chung May qui, en 2004, a exporté 201 000 TEUs de papiers vers la Chine et Weyerhaeuser, avec ,155 000 TEUs, également de papiers. Sur les dix premiers d'ailleurs, quatre exportent du papier, quatre autres des produits chimiques - Du Pont, Dow, BASF, Cargill. Seuls Procter & Gamble (8ème avec 54 000 TEUs) et Daimler-Chrysler (10e avec 50 l00 TEUs), peuvent être considérés comme des entreprises industrielles. En 2004, sur les 100 plus gros exportateurs américains, à peine onze entrent dans cette catégorie: Procter & GambIe, General Electric, Ford, Kimberly Clark, Caterpillar, Good Year, General Motors, USG, Honeywell, A1coa et Kodak.
Alors que 50 des 100 plus gros exportateurs étrangers sur les USA acheminent des produits industriels à très haute valeur ajoutée, le tiers des importateurs US sont des distributeurs, sept des dix principaux""- Wal Mart, premier dans le monde, Home Depot, Target, Sears, Ikea. Lowes et Costco - appartenant à la sept des dix principaux -- Wal Mart, premier dans le monde, Home Depot, Target, Sears, Ikea, Lowes et Costco - appartenant à la grande distribution.
Wal Mart, principal importateur du pays, a augmenté en deux ans le nombre de ses TEUs de 49,3 %. Passant de 292 000 en 2002 à 417000 en 2003 et 576 000 en 2004. Or, les onze exportateurs cités précédemment totalisent ensemble 269 000 TEUs, soit moins de la moitié de ce que Wal Mart importe à lui tout seul et seulement un tiers des importations réalisées par Wal Mart, Home Depot (301 000 TEUs) et Target (202 000 TEUs).
IMMIGRATION = CONSOMMATION
Le déficit de la balance commerciale USA/Chine, soit 162 milliards de $ en 2004 (et sans doute davantage encore dans les années à venir même si, en voyage dans l'Empire du Milieu, George W. Bush a réussi à lui vendre 80 Boeing), trouve ainsi une bonne explication. Comme les 8 000 milliards de $ de dette. Ou les 3.500 milliards de $ de déficit cumulé du commerce extérieur entre 1997 et 2005. Un déficit pour les produits manufacturés et de haute technologie de 37 milliards de $ en 2004, qui s'est accru de 26 % au cours des huit premiers mois de 2005. Réduite à ses papiers recyclés, à ses matières premières agricoles, à sa chimie et à ses armes ultrasophistiquées, l'Hyperpuissance, qui importe de plus en plus ce qu'elle consomme, se tiers-mondise. Sa richesse se réduit à un marché de consommation bouffi, alimenté par une immigration torrentielle et une planche à billets dont le futur président de la Réserve fédérale, Ben Shalom Bernanke (voir RIV. du 25/11), entend faire l'instrument majeur de sa stratégie économique.
Pourtant les statistiques, calculées aux Etats-Unis sur des bases ethniques, ne peuvent occulter certaines « tendances lourdes »). Depuis plusieurs années, les embauches, qui tournaient autour de 250 000 par mois, s'effectuaient surtout dans les métiers dévalués "réservés" aux immigrés (voir ci-contre l'emploi dans les abattoirs ). Les Latinos prenant ainsi la place des Noirs et les nouveaux venus asiatiques s'engouffrant dans les "professions" technologiques traditionnellement blanches. En octobre 2005, il n'y eut que 46 000 emplois nouveaux, dont 30 000 dans la construction, catégorie artificiellement entretenue par la bulle immobilière. Pour la première fois, les Services, épine dorsale de la croissance, ont reculé : 81 300 emplois de moins dans les branches très qualifiées, notamment ingénieurs, jusque-là occupées par les Blancs. On commence à s'interroger sur le maintien de certaines grandes universités dont les programmes technologiques et scientifiques pourraient être fortement menacés.
C'est le modèle US de civilisation, partout encensé, qui se trouve brutalement remis en cause par une réalité économique qu'on continue à occulter.
Pourtant, dans cette Amérique qui produit de moins en moins; l'immigration ne cesse de croître. Depuis 1990, un million d'immigrés est légalement accueilli chaque année.
Pourtant, dans cette Amérique qui produit de moins en moins; l'immigration ne cesse de croître. Depuis 1990, un million d'immigrés est légalement accueilli chaque année. Fin octobre 2005, le Comité Judiciaire du Sénat a voté à une large majorité un projet de loi du sénateur Arien Specter, Républicain d'extrême gauche et ami de George Bush, autorisant l'entrée de 350 000 immigrés de plus annuellement. Un Amendment Bird qui tentait d'en limiter la portée a été rejeté par le Sénat le 14 novembre par 85 voix contre 14 !
" L'explication?" Une enquête, commandée en janvier 2004, par le Chicago Council on Foreign Relations la donne en montrant l'énormité de la fracture existant entre les oligarques US et les populations dépossédées et condamnées au silence.
Question: « Une immigration de masse aux Etats-Unis au cours des dix prochaines années vous paraît-elle: 1/Dangereuse. 2°/ Importante mais pas dangereuse. 3°/ Pas importante) ?
A la première question le Public répondit OUI à 60 %. OUI à la seconde à 31 %. OUI à la troisième à 8 %".
Réponses inversées pour les "dirigeants" - dont il est précisé qu'il s'agit des représentants du Congrès, de leurs conseillers, des directeurs des Agences fédérales, des présidents des grandes entreprises, des responsables syndicaux, religieux ainsi que des Fondations, des présidents des collèges et universités, des «réservoirs de réflexion », enfin des rédacteurs en chef des grands journaux, éditorialistes et commentateurs de télévision.
Première question: OUI à 14 %. Seconde: OUI à 41 %. Troisième: OUI à 41 %.
Ainsi, face à une très forte majorité d'Américains qui perçoivent l'immigration comme une menace, les détenteurs du pouvoir y voient une inépuisable source de consommateurs et le socle sur lequel repose leur fortune financière et sociale. Aussi considèrent-ils le libre-échange, les délocalisations, l'effondrement des économies occidentales et l'immigration de masse comme étant les fondements de leur survie. Détenant, par la maîtrise du media, un pouvoir absolu sur les opinions publiques, ils imposent la vision fallacieuse du monde qui correspond le mieux à leurs intérêts.
BOB JOHNS
Tous cependant ne suivent pas la même dérive suicidaire. Ainsi de Bob Johns, PDG de Nucor, le géant de la sidérurgie américaine. Celui-là a décidé de parcourir le pays profond, au cours des douze mois précédant les élections de mi-mandat. Tenant des réunions qui, à sa grande surprise, rassemblent des foules considérables. « Nous aussi, répète-t-il, nous pouvons délocaliser; comme les autres. Mais nous ne considérons pas que ce serait souhaitable pour les Etats-Unis. » Et de dénoncer la politique commerciale du gouvernement fédéral, notamment vis-à-vis de la Chine, avec un radicalisme dont on avait perdu l'habitude outre-Atlantique: «Le libre-échange, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui dans le monde, est de la science-fiction ... Quand le déficit commercial atteint 5 % du PIB, vous êtes dans la merde! Les législateurs sont achetés par les multinationales ( ...) mais si celles-ci peuvent couvrir d'or les partis politiques, elles ne votent pas ... Un électorat informé, c'est le pire des cauchemars pour les politiciens. » Bob Johns relance donc l'idée du troisième parti qui, en des temps où l'Amérique était triomphante, avait cependant assez bien réussi à Ross Perot.